Tendances & enjeux
Gestion du personnel dans une période de turbulence et d’incertitude économiques
Lynne Toupin |
Lynne Toupin est la directrice générale du Conseil RH pour le secteur bénévole et communautaire. Au cours de sa carrière, elle a dirigé plusieurs organismes communautaires, notamment Canadian Co-operative Association et l'Organisation nationale antipauvreté. Elle a été co-présidente de la Table conjointe sur l'Accord de l'Initiative sur le secteur bénévole et communautaire, qui a mené à une entente écrite entre le gouvernement du Canada et le secteur bénévole et communautaire. |
Ralentissement du marché. Récession. Ces temps-ci, on ne peut ouvrir un journal, allumer la radio ou surfer sur le Web sans se faire constamment rappeler que l’économie est malmenée tant au Canada qu’à travers le monde. Experts et analystes prévoient que l’économie connaîtra une période plutôt sombre, alors que chaque jour on entend parler de mises à pied massives, d’entreprises du groupe Fortune 500 qui ferment leurs portes et de déficits gouvernementaux qui se gonflent; les bonnes nouvelles sont une denrée rare! Les médias se concentrent sur la situation critique des secteurs économiques traditionnels (le secteur de l’automobile et les secteurs financier et manufacturier, pour ne nommer que ceux-là), mais nous ne pouvons oublier l’impact qu’aura sur le secteur bénévole et communautaire ce que beaucoup appellent « la pire période de ralentissement économique depuis la Grande Crise des années 1930 ».
Réfléchissons un instant au fait que notre secteur emploie 7,2 % de la main-d’œuvre rémunérée au Canada — soit tout près de 1,2 million de personnes —, ce qui représente une masse salariale annuelle de plus de 22 milliards de dollars.* Les employés rémunérés de notre secteur sont plus nombreux que tous les travailleurs des quatre provinces de l’Atlantique. Ils sont également plus nombreux que tous ceux qui travaillent au Canada dans les secteurs combinés de la construction et de l’accueil. Notre secteur est une composante essentielle du moteur économique de notre pays et lorsque ce moteur est en perte de vitesse, nous en subissons le contrecoup de différentes façons.
Une demande accrue de services
À la différence de la plupart des secteurs économiques, le secteur communautaire connaît une demande accrue de services durant une période de ralentissement économique, spécialement pour les organisations de première ligne qui œuvrent dans les services sociaux et les services à la personne. De plus en plus de gens en situation de crise se tourneront vers notre secteur pour recevoir de l’aide, et ce, du counseling aux logements en cas d’urgence. Les gens seront sans doute plus nombreux à s’approvisionner dans les banques alimentaires et à se rendre dans les centres d’emploi afin de trouver un nouveau travail. Cette demande accrue de services pourrait engendrer chez le personnel un surcroît de stress et augmenter les cas d’épuisement professionnel, spécialement parmi les personnes offrant des services de première ligne.
Fonctionner avec un financement réduit
Il peut arriver que certaines organisations échappent à la tendance générale mais, pour la plupart, les organisations communautaires doivent composer avec la nécessité de fonctionner avec un financement réduit. Cette année, en raison de l’importante dévaluation des portefeuilles d’investissement, de nombreuses fondations privées et communautaires ont diminué ou cessé leurs versements annuels. Les entreprises du secteur privé revoient leurs dépenses d’exploitation, ce qui risque d’avoir un impact sur le soutien qu’elles accordent aux organisations communautaires, notamment par des dons ou des activités de parrainage. Et les particuliers, confrontés à la menace imminente de la perte de leur emploi ou d’une baisse soudaine de leur revenu, y pensent à deux fois avant d’adresser un chèque en vue de soutenir une cause louable.
Une demande accrue de services combinée à une diminution du financement — il semble qu’une tempête en règle se prépare! Toutefois, nous sommes habitués, dans le secteur, à devoir faire plus avec moins de ressources. On peut dire que c’est notre modus operandi, quel que soit l’état de l’économie. C’est pourquoi, au lieu de s’élever contre ce fait, je crois qu’il conviendrait de considérer quelques idées pratiques qui peuvent aider nos organisations à mieux affronter la tempête...
N’oubliez pas l’atout le plus important de votre organisation : les gens qui la composent
Il est vrai que le stress relié à la direction d’une organisation peut être accablant, même dans les circonstances les plus favorables, mais il est vital de ne pas oublier l’importance et la valeur de vos employés, spécialement lorsqu’ils peuvent être soumis à une plus forte pression, à un stress accru ou même à l’inquiétude au sujet de leur propre sécurité d’emploi. Vous ne devriez pas faire des promesses que vous ne pourrez pas tenir, mais vous devriez reconnaître que certains de vos employés peuvent se sentir menacés de perdre leur emploi au sein de votre organisation. Soyez honnête avec eux concernant la situation de votre organisation et soyez à l’écoute s’ils vous expriment leurs préoccupations au sujet de leur sécurité d’emploi. Bien que vous ne vouliez pas effrayer vos employés et les inciter à chercher un emploi ailleurs, vous ne voulez pas non plus les induire en erreur en leur faisant croire que tout ira bien alors que votre organisation risque de devoir mettre à pied des employés.
Si vous vous trouvez dans la pénible obligation de mettre à pied du personnel, faites tous les efforts possibles pour ne pas surcharger les employés qui demeurent en fonction. Il y a des limites à pouvoir faire plus avec moins de ressources, et le personnel qui demeure en poste n’a peut-être pas la préparation ou les qualifications requises pour assumer des responsabilités supplémentaires. Si vous croyez que le travail peut être fait par un bénévole, étudiez attentivement les tâches liées à ce poste, évaluez les risques qu’il y a à le confier à un bénévole et songez à la façon de superviser adéquatement ce bénévole. Vous trouverez peut-être que la direction d’un bénévole inapte à occuper ce poste causera un surcroît de travail tant à vous-même qu’au reste de votre personnel.
Maintenez de bonnes pratiques RH
Il est important de maintenir de bonnes pratiques RH, bien qu’en de telles circonstances il soit facile de les reléguer aux oubliettes… Il suffit, par exemple, de prendre le temps de reconnaître le bon travail effectué par les employés et de réaffirmer l’influence qu’a leur travail sur l’organisation et sur la clientèle — il est parfois surprenant de voir à quel point le fait de reconnaître les efforts des employés peut remonter leur moral, et maintenir leur productivité et leur engagement. Rappelez-vous toutefois que ces paroles de reconnaissance doivent être personnalisées. Pour certains, il peut s’agir de reconnaître publiquement leurs accomplissements lors d’une réunion du personnel, tandis que pour d’autres il conviendra de leur adresser un mot de remerciement par écrit ou de leur permettre de partir de bonne heure un vendredi après-midi.
Assurez-vous aussi de ne pas perdre de vue la formation et le développement professionnel de votre personnel. Si votre budget ne vous permet pas en ce moment de payer à vos employés des cours ou des conférences, il existe d’autres façons efficaces (et souvent peu coûteuses) d’aider vos employés à se perfectionner et de renforcer les capacités internes de votre organisation — par exemple, établir des relations de mentorat ou d’accompagnement entre des collègues, encourager les stages d’observation ou organiser des dîners-causeries informels. Consultez infoRH pour d’autres renseignements sur les activités d’apprentissage, de formation et de développement professionnel.
Explorez de nouvelles façons de faire les choses
Les emplois partagés sont de plus en plus populaires chez bon nombre d’organisations communautaires, non seulement parce que de plus en plus les employés jonglent pour concilier leur carrière et leurs obligations familiales, mais aussi parce que les employeurs réalisent les avantages qu’il y a à offrir à leurs employés un horaire de travail flexible. Les emplois partagés peuvent accroître la productivité, réduire l’absentéisme et le roulement, et constituer un moyen efficace de retenir les employés compétents.
Une autre option intéressante est le recours au partage de services ou de ressources avec d’autres organisations. Qu’il s’agisse de partager des locaux pour bureaux, les services d’un commis comptable ou d’un spécialiste RH, il existe des possibilités intéressantes dans ce domaine. Le Conseil RH travaille en partenariat avec d’autres organismes à un projet qui étudie une gamme de modèles de services partagés que pourraient utiliser les organisations afin de réduire leurs coûts et d’augmenter leur efficacité. Pour notre part, nous examinons particulièrement comment les organisations peuvent efficacement mettre en commun leurs ressources afin de partager l’expertise d’un professionnel RH très compétent, et cela pour une fraction de ce qu’il en coûterait si ces organisations devaient chacune embaucher un spécialiste RH. Certains organismes qui participent au projet étudient d’autres modèles de services partagés et se penchent notamment sur les façons de partager efficacement des locaux pour bureaux, d’offrir aux employés un régime commun d’avantages sociaux, ou de développer une plate-forme pour permettre aux organisations de partager des programmes de formation, d’apprentissage et de mentorat.
Pour conclure…
Personne ne peut prédire la durée ou la gravité de cette récession, mais nous savons que notre secteur sera affecté tout comme beaucoup d’autres. Certains d’entre nous ont vécu la dernière récession, alors que le taux de chômage a grimpé jusqu’à 11,5 %. Notre secteur a été appelé non seulement à offrir une gamme de services aux gens dans le besoin, mais également, en certains cas, à créer des emplois pour les sans-emploi. En d’autres cas, les organisations ont perdu leur financement et les employés ont perdu leur travail. Au cours des prochains mois, le Conseil RH fera un suivi au sujet des effets de la récession sur la main-d’œuvre de notre secteur, et offrira aussi des renseignements pratiques en matière de ressources humaines en vue d’aider les gestionnaires à naviguer à travers cette période agitée.
* Force vitale de la collectivité : faits saillants de l’Enquête nationale auprès des organismes à but non lucratif et bénévoles, Ottawa, ministère de l’Industrie, version révisée, juin 2005. Statistique Canada, no au catalogue : 61-533-XIF.









